Alexandre Penillet, avocat

Droit des sociétés · Dissolution-liquidation

Les conditions légales pour liquider une société à l'amiable

Toutes les sociétés ne peuvent pas être liquidées à l'amiable : la loi pose des conditions précises, tenant à la fois à la situation financière de la société et à la régularité de la décision prise par les associés. Voici ce qu'il faut vérifier avant de s'engager dans cette voie.

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Liquidation amiable ou liquidation judiciaire : une distinction essentielle

La liquidation amiable (parfois appelée liquidation volontaire ou liquidation conventionnelle) est celle que les associés décident et organisent eux-mêmes, en dehors de toute procédure collective. Elle s'oppose à la liquidation judiciaire, prononcée par le tribunal de commerce lorsqu'une société en cessation des paiements ne peut pas être redressée, et menée par un liquidateur judiciaire désigné par le tribunal (article L640-1 du Code de commerce). Les conditions présentées ici concernent exclusivement la liquidation amiable.

Les trois conditions cumulatives de la liquidation amiable

Une société solvable

La société doit être en mesure de payer l'intégralité de son passif exigible avec son actif disponible. C'est la condition la plus structurante : à défaut, la liquidation amiable est exclue.

Une décision régulière

La dissolution doit être votée par les associés aux conditions de majorité prévues par les statuts ou, à défaut, par la loi selon la forme sociale.

Le respect du formalisme légal

Nomination d'un liquidateur, formalités de publicité, mention « société en liquidation » sur les actes (articles L237-2 et L237-18 du Code de commerce).

La condition de solvabilité : le cœur du dispositif

Une société est en cessation des paiements lorsqu'elle est dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Dans cette situation, le dirigeant est en principe tenu de le déclarer dans les 45 jours (article L631-4 du Code de commerce), ce qui ouvre la voie à une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire — non à une liquidation amiable. À l'inverse, une société qui a des dettes mais dispose d'un actif suffisant pour les couvrir (trésorerie, créances recouvrables, biens cessibles) reste éligible à la liquidation amiable, quand bien même sa situation financière ne serait pas florissante.

Liquidation amiableLiquidation judiciaire
Situation financièreSociété solvable (actif disponible ≥ passif exigible)Société en cessation des paiements, redressement impossible
DécisionPrise par les associésPrononcée par le tribunal de commerce
LiquidateurDésigné librement par les associésDésigné par le tribunal (mandataire judiciaire)
Base légaleart. 1844-7 et s. C. civ. ; art. L237-1 et s. C. com.art. L640-1 et s. C. com.

La condition de majorité selon la forme sociale

La régularité de la décision de dissolution s'apprécie au regard des règles de majorité applicables à chaque forme sociale.

Forme socialeMajorité requise (sauf clause statutaire contraire)Base légale
SARL / EURLMajorité prévue par les statuts pour les décisions extraordinaires ; à défaut, conditions légales de majorité renforcéeart. L223-30 C. com.
SAS / SASUConditions librement fixées par les statutsart. L227-9 C. com.
Société civile (dont SCI)Unanimité des associés, sauf clause contraire des statutsart. 1844-7 et 1846-1 C. civ.
Un doute sur les règles de majorité applicables ?

Les statuts peuvent avoir prévu des règles spécifiques, qui priment sur les règles légales supplétives.
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Le formalisme à respecter une fois les conditions réunies

1
Vérification de la solvabilité
S'assurer que l'actif disponible permet de couvrir le passif exigible.
2
Assemblée générale
Vote de la dissolution anticipée aux conditions de majorité applicables, nomination du liquidateur.
3
Formalités de publicité
Annonce légale, dossier M2 au greffe, inscription modificative au RCS.
4
Ouverture des opérations de liquidation
Le liquidateur peut désormais réaliser l'actif et apurer le passif.

Peut-on revenir sur une décision de liquidation amiable ?

Tant que la liquidation n'est pas clôturée, les associés conservent la faculté de révoquer la dissolution et de faire « revivre » la société, aux mêmes conditions de majorité que celles requises pour décider la dissolution. Cette décision doit faire l'objet de formalités de publicité symétriques à celles de la dissolution initiale (annonce légale, inscription modificative au greffe).

Combien coûte une liquidation amiable ?

Comme pour toute dissolution-liquidation, le coût dépend de la complexité du dossier et se décompose en frais de greffe, frais d'annonces légales, éventuel droit de partage en cas de boni (voir notre article sur le boni de liquidation), et honoraires du professionnel accompagnant l'opération.

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Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour liquider une société à l'amiable ?+

Trois conditions cumulatives : une décision de dissolution régulièrement prise par les associés (aux conditions de majorité prévues par les statuts ou, à défaut, par la loi selon la forme sociale), une société qui n'est pas en cessation des paiements, c'est-à-dire capable de payer l'intégralité de ses dettes avec son actif disponible, et le respect des formalités de publicité et de nomination d'un liquidateur prévues par le Code de commerce.

Qu'est-ce qu'une liquidation amiable ?+

C'est la liquidation décidée volontairement par les associés eux-mêmes, par opposition à la liquidation judiciaire ouverte par le tribunal dans le cadre d'une procédure collective. Elle suppose que la société soit financièrement en mesure de payer ses créanciers ; à défaut, elle relève d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire.

Une société peut-elle être liquidée à l'amiable si elle a des dettes ?+

Oui, tant que son actif disponible permet de payer l'intégralité de son passif exigible. C'est seulement lorsque la société est en cessation des paiements — dans l'incapacité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible — que la liquidation amiable n'est plus possible et qu'une procédure collective doit être envisagée (article L631-4 du Code de commerce).

Qui décide de la liquidation amiable d'une société ?+

Les associés, réunis en assemblée générale extraordinaire, aux conditions de majorité prévues par les statuts ou, à défaut, par la loi selon la forme sociale (unanimité pour une société civile en l'absence de clause contraire, majorité qualifiée pour une SARL, conditions statutaires pour une SAS).

Quelle est la différence entre liquidation amiable et liquidation judiciaire ?+

La liquidation amiable est décidée par les associés d'une société solvable, qui en gardent la maîtrise via un liquidateur qu'ils désignent eux-mêmes. La liquidation judiciaire est prononcée par le tribunal de commerce pour une société en cessation des paiements dont le redressement est manifestement impossible ; elle est menée par un liquidateur judiciaire désigné par le tribunal, selon une procédure collective.

Faut-il l'accord de tous les associés pour liquider une société à l'amiable ?+

Cela dépend de la forme sociale et des statuts. Une société civile requiert en principe l'unanimité des associés sauf clause contraire des statuts ; une SARL requiert la majorité prévue par les statuts pour la dissolution anticipée ; une SAS applique les conditions de majorité fixées librement par ses statuts.

Peut-on revenir sur une décision de liquidation amiable ?+

Oui, tant que la liquidation n'est pas clôturée. Les associés peuvent décider de révoquer la dissolution et de faire revivre la société, aux mêmes conditions de majorité que celles requises pour la dissolution elle-même, sous réserve de formalités de publicité symétriques à celles de la dissolution.

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