Alexandre Penillet, avocat

Droit des sociétés · Dissolution-liquidation

Dissolution et liquidation d'une société : comment ça marche ?

Mettre fin à une société ne se fait jamais en une seule étape : il faut d'abord la dissoudre, puis la liquider. Deux opérations distinctes, gouvernées par des règles précises du Code civil et du Code de commerce, dont l'enchaînement conditionne la disparition régulière — et sans risque pour le dirigeant — de la société.

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Dissolution, liquidation : deux étapes d'une même opération

La dissolution est l'acte, ou l'événement, qui met fin à l'existence de la société pour l'avenir : elle ne peut plus exercer son activité normalement. Mais elle ne fait pas disparaître la société sur-le-champ. Sa personnalité morale subsiste « pour les besoins de la liquidation, jusqu'à la publication de la clôture de celle-ci » (article 1844-8, alinéa 3 du Code civil). C'est précisément cette survivance encadrée qui permet d'organiser la seconde étape : la liquidation, c'est-à-dire la réalisation de l'actif, le paiement des créanciers et le partage du solde entre associés, jusqu'à la radiation définitive du registre du commerce et des sociétés (RCS).

Entre les deux, une période transitoire s'ouvre, pendant laquelle la société change de statut sans changer d'identité : elle continue d'exister, mais sous la seule finalité de sa propre disparition.

Les causes de dissolution d'une société

L'article 1844-7 du Code civil recense les causes de dissolution. Elles se répartissent en trois grandes familles.

La dissolution volontaire

Décidée par les associés réunis en assemblée générale extraordinaire, aux conditions de majorité prévues par les statuts ou, à défaut, par la loi selon la forme sociale (dissolution anticipée). C'est le cas le plus fréquent en pratique, notamment lors de la cessation d'activité ou de la restructuration d'un groupe.

La dissolution de plein droit

Elle intervient automatiquement à l'arrivée du terme statutaire (99 ans au maximum, sauf prorogation votée à temps), en cas de réalisation ou d'extinction de l'objet social, ou encore en cas d'annulation du contrat de société.

La dissolution judiciaire

Prononcée par le tribunal, notamment pour justes motifs à la demande d'un associé — mésentente paralysant le fonctionnement social, inexécution de ses obligations par un associé — ou, pour les EURL et SASU, en cas de réunion de toutes les parts ou actions en une seule main lorsque la société est dissoute par décision de justice.

Les effets de la dissolution

Dès la dissolution prononcée, trois conséquences s'enchaînent. D'abord, les fonctions du dirigeant en exercice (gérant, président) prennent fin ; un liquidateur est nommé pour le remplacer, le plus souvent dans l'acte de dissolution lui-même (article L237-18 du Code de commerce). Ensuite, tous les actes et documents destinés aux tiers — factures, correspondances, actes — doivent désormais porter la mention « société en liquidation », suivie du nom du ou des liquidateurs (article L237-2 du Code de commerce) ; à défaut, la responsabilité personnelle du liquidateur peut être recherchée. Enfin, la société ne peut plus poursuivre une activité normale : elle survit uniquement pour les besoins de sa propre liquidation, ce qui n'empêche pas le liquidateur de continuer temporairement certaines opérations en cours si l'intérêt de la liquidation le commande.

Le déroulement de la liquidation, étape par étape

Étape 1
Dissolution et nomination du liquidateur
Décision de dissolution en assemblée générale (ou de plein droit / judiciaire), nomination du liquidateur amiable, formalités de publicité de la dissolution : annonce légale, dépôt du dossier M2 au greffe, inscription modificative au RCS et au RNE.
Étape 2
Opérations de liquidation
Le liquidateur réalise l'actif social (cession des biens, recouvrement des créances), apure le passif en payant les créanciers selon l'ordre légal, et établit un inventaire de la situation active et passive. Un rapport de gestion doit être présenté aux associés au moins une fois par an (article L237-23 du Code de commerce).
Étape 3
Comptes de liquidation et constatation du résultat
Une fois l'actif réalisé et le passif apuré, le liquidateur établit les comptes définitifs de la liquidation, qui font apparaître soit un boni (excédent d'actif net après remboursement du capital), soit un mali (insuffisance d'actif). Les associés statuent sur ces comptes en assemblée de clôture.
Étape 4
Clôture et radiation
Publication d'un avis de clôture de liquidation, dépôt du dossier M4 au greffe, radiation de la société du RCS. La personnalité morale de la société disparaît définitivement à cette date (article 1844-8 du Code civil).

Le délai légal pour liquider une société

La loi encadre la durée de la liquidation : elle ne peut, en principe, excéder trois ans à compter de la dissolution (article 1844-8, alinéa 2 du Code civil).

SituationConséquenceBase légale
Liquidation clôturée dans les 3 ansSituation normale ; radiation du RCS à la clôtureart. 1844-8 C. civ.
Liquidation non clôturée au-delà de 3 ansTout intéressé (associé, créancier, ministère public) peut saisir le tribunal pour faire clôturer les opérations ou faire désigner un liquidateur judiciaireart. 1844-8 C. civ. ; art. L237-21 C. com.
Prorogation du délaiPossible par décision de justice, à la demande du liquidateur ou de tout intéressé, en cas de motif légitimeart. L237-21 C. com.

Peut-on dissoudre une société sans passer par une liquidation ?

Deux mécanismes permettent d'échapper à la phase de liquidation classique :

MécanismeConditionsBase légale
Transmission universelle de patrimoine (TUP)Associé unique personne morale (EURL, SASU) : la dissolution entraîne transmission de l'ensemble du patrimoine à l'associé unique, sans liquidation, sous réserve de l'absence d'opposition des créanciers dans les 30 joursart. 1844-5, al. 3 C. civ.
Fusion-absorptionLa société absorbée transmet l'intégralité de son patrimoine à la société absorbante, qui recueille l'actif et le passif ; la société absorbée disparaît sans liquidation autonomeart. L236-1 et s. C. com.

Combien coûte une dissolution-liquidation ?

Le coût d'une dissolution-liquidation dépend étroitement de la complexité du dossier (nombre de biens à céder, nombre de créanciers, existence ou non d'un boni), ce qui rend hasardeuse toute évaluation chiffrée a priori. Il se décompose néanmoins toujours selon les mêmes postes : les frais de greffe pour les deux inscriptions modificatives (dissolution, puis clôture), les frais d'annonce légale — également dus à deux reprises —, un éventuel droit d'enregistrement (le droit de partage, applicable uniquement en présence d'un boni de liquidation, voir notre article dédié au boni de liquidation), et les honoraires du professionnel qui accompagne l'opération. Ces derniers dépendent de l'ampleur de la mission confiée : rédaction des actes, tenue des comptes de liquidation, accomplissement des formalités.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre dissolution et liquidation d'une société ?+

La dissolution est l'acte juridique qui met fin à l'existence de la société pour l'avenir et ouvre la période de liquidation ; la liquidation est l'ensemble des opérations qui suivent (vente de l'actif, paiement des dettes, partage du solde) et qui aboutissent à la disparition effective de la société par sa radiation du registre du commerce et des sociétés. Une société dissoute n'est donc pas encore liquidée : entre les deux, sa personnalité morale subsiste pour les seuls besoins de la liquidation (article 1844-8 du Code civil).

Combien de temps faut-il pour dissoudre et liquider une société ?+

Il n'existe pas de durée type : une liquidation simple, sans actif complexe ni litige, peut se boucler en quelques mois, tandis qu'un dossier avec des biens à céder ou des créanciers à désintéresser peut prendre plus d'un an. La loi fixe seulement un plafond : la liquidation ne peut pas durer plus de trois ans à compter de la dissolution (article 1844-8, alinéa 2 du Code civil), sauf prorogation judiciaire.

Qui décide de dissoudre une société ?+

En principe, ce sont les associés réunis en assemblée générale extraordinaire qui votent la dissolution anticipée, aux conditions de majorité prévues par les statuts ou, à défaut, par la loi selon la forme sociale. La dissolution peut aussi survenir de plein droit (arrivée du terme, extinction de l'objet social) ou être prononcée par le tribunal, notamment pour justes motifs à la demande d'un associé (article 1844-7 du Code civil).

Que devient la société pendant la liquidation ?+

Elle continue d'exister juridiquement, mais uniquement pour les besoins de sa liquidation : elle ne peut plus exercer une activité normale ni conclure de nouveaux engagements étrangers à cet objet. Tous les actes et documents destinés aux tiers doivent porter la mention « société en liquidation » ainsi que le nom du liquidateur (article L237-2 du Code de commerce).

Qui gère la société une fois la dissolution prononcée ?+

Les fonctions du gérant ou du dirigeant cessent et un liquidateur est nommé, le plus souvent par les associés dans l'acte même de dissolution, parfois par le tribunal en cas de désaccord ou de dissolution judiciaire. Le liquidateur représente la société, réalise l'actif, paie les créanciers dans l'ordre légal et rend compte de sa mission aux associés (articles L237-18 et suivants du Code de commerce).

Que se passe-t-il si la liquidation dépasse trois ans ?+

Au-delà du délai de trois ans prévu par l'article 1844-8 du Code civil, tout intéressé — un associé, un créancier ou le ministère public — peut saisir le tribunal pour faire clôturer la liquidation ou faire désigner un liquidateur judiciaire chargé d'y mettre fin. Ce dépassement n'annule pas les opérations déjà réalisées, mais expose la société et son liquidateur à ce risque de saisine.

Peut-on dissoudre une société sans passer par une liquidation ?+

Oui, dans deux hypothèses. Lorsque l'associé unique d'une EURL ou d'une SASU est une personne morale, la dissolution entraîne la transmission universelle du patrimoine à cet associé, sans liquidation (article 1844-5, alinéa 3 du Code civil). Une société peut également disparaître par fusion-absorption, auquel cas son patrimoine est transmis à la société absorbante sans phase de liquidation autonome.

Quelles formalités de publicité faut-il accomplir ?+

La dissolution puis la clôture de la liquidation donnent chacune lieu à une annonce légale, à un dépôt de dossier au greffe (formulaires M2 pour la dissolution, M4 pour la clôture) et à une mention au Bodacc. C'est cette seconde série de formalités, à la clôture, qui permet la radiation de la société du registre du commerce et des sociétés et met fin à sa personnalité juridique.

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