Alexandre Penillet, avocat

Pacte d’associés

Clause de liquidation préférentielle : comment fonctionne la priorité de l’investisseur ?

La clause de liquidation préférentielle permet à un investisseur de récupérer en priorité, lors de la vente de la société ou de sa liquidation, un montant déterminé, généralement égal à son investissement, avant que le solde du prix soit réparti entre les autres associés. Elle figure dans un pacte d’associés ou résulte d’actions de préférence (article L228-11 du Code de commerce). Elle est valable dans son principe, à condition de ne pas exonérer un associé de toute contribution aux pertes (article 1844-1 du Code civil).

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À quoi sert la clause ?

Un investisseur qui entre au capital d’une jeune société à une valorisation élevée paie ses actions beaucoup plus cher que les fondateurs. Si la société est vendue à un prix inférieur à cette valorisation, une répartition proportionnelle au capital lui ferait perdre une partie de sa mise, alors que les fondateurs réaliseraient encore un gain. La liquidation préférentielle corrige cet effet en lui permettant de récupérer d’abord son investissement.

Exemple : un fonds investit 2 millions d’euros pour 20 % du capital. La société est vendue 5 millions d’euros. Sans clause, il perçoit 1 million. Avec une préférence simple (« 1x ») non participative, il perçoit d’abord 2 millions, et les 3 millions restants sont répartis entre les autres associés.

Les principales variantes

  • Le multiple : la préférence peut être égale à une fois l’investissement, ou à un multiple supérieur.
  • Non participative : l’investisseur choisit entre sa préférence et sa quote-part proportionnelle du prix, selon ce qui est le plus favorable pour lui.
  • Participative : il perçoit sa préférence puis participe aussi au solde, en proportion de sa participation, parfois avec un plafond.
  • Le rang : lorsque plusieurs tours de financement se succèdent, les préférences des différents investisseurs peuvent être de même rang ou hiérarchisées.

Quels événements déclenchent la préférence ?

La clause définit les « événements de liquidité » : cession du contrôle ou de la majorité des titres, fusion, cession de la totalité ou de l’essentiel des actifs, liquidation amiable. La définition doit être précise : une opération non visée, comme une cession partielle ou une transmission universelle de patrimoine, peut échapper à la clause. L’introduction en bourse est en général exclue, les actions de préférence étant alors converties en actions ordinaires.

Pacte ou actions de préférence ?

Dans un pacte, la clause organise la répartition du prix entre les signataires : chacun s’engage à reverser aux bénéficiaires une partie du prix qu’il reçoit. Elle ne lie que les signataires (article 1199 du Code civil) et fonctionne d’autant mieux qu’elle est combinée avec une clause de sortie forcée, qui oblige tous les associés à céder en même temps.

Attachée à des actions de préférence, la priorité est inscrite dans les statuts et s’impose à tous les associés, y compris en cas de liquidation de la société, où elle porte sur la répartition du boni (boni de liquidation). Les actions de préférence sont présentées dans notre article dédié (actions de préférence). Une SARL ne peut pas en émettre : la clause y passe par le pacte.

La limite de la clause léonine

Une clause qui attribue à un associé la totalité du profit, ou l’exonère de toute contribution aux pertes, est réputée non écrite (article 1844-1). La Cour de cassation juge que cette prohibition vise les clauses qui portent atteinte au pacte social, et non les conventions de cession entre associés à prix minimum (Cass. com., 20 mai 1986, n° 85-16.716). Une préférence de liquidation, qui ne fait que réorganiser la répartition d’un prix de cession, est généralement analysée dans cette logique. Le risque augmente lorsque la clause garantit à l’investisseur un remboursement intégral en toutes circonstances, y compris en cas d’échec complet. La notion est détaillée dans notre article sur la clause léonine.

Ce que les fondateurs doivent vérifier

  • Le multiple et le caractère participatif, qui déterminent le montant restant pour les fondateurs dans un scénario de vente moyen.
  • L’existence d’un plafond de participation.
  • L’empilement des préférences au fil des tours de financement.
  • La liste des événements déclencheurs.
  • La simulation de répartition du prix selon plusieurs prix de vente, qui doit être annexée ou au moins réalisée avant la signature.

La clause s’articule avec les autres stipulations du pacte, en particulier la clause anti-dilution et les clauses de sortie (principales clauses du pacte d’associés).

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Questions fréquentes

Une SARL peut-elle prévoir une liquidation préférentielle ?+

Elle ne peut pas émettre d’actions de préférence, mais les associés peuvent organiser la répartition du prix dans un pacte.

Que signifie une préférence « 1x non participative » ?+

L’investisseur récupère une fois son investissement, ou sa quote-part proportionnelle du prix si elle est plus élevée, mais pas les deux.

La clause s’applique-t-elle en cas d’introduction en bourse ?+

En général non : les actions de préférence sont converties en actions ordinaires lors de l’introduction.

Pour aller plus loin