Le coup d’accordéon consiste à réduire le capital d’une société pour absorber ses pertes, souvent jusqu’à zéro, puis à l’augmenter aussitôt par de nouveaux apports. L’opération permet de reconstituer des capitaux propres devenus insuffisants et, fréquemment, de faire entrer un investisseur. Elle se décide en assemblée extraordinaire et peut faire perdre leur place aux associés qui ne participent pas à l’augmentation, ce qui explique les contentieux qu’elle suscite.
Capitaux propres négatifs, entrée d’un investisseur, associés minoritaires : préparons une opération solide.
À quoi sert un coup d’accordéon ?
Une société qui accumule des pertes voit ses capitaux propres diminuer, puis devenir inférieurs à la moitié de son capital social, voire négatifs. Le Code de commerce oblige alors les associés à se prononcer sur la poursuite de l’activité et impose, à terme, de reconstituer les capitaux propres ou de réduire le capital (article L223-42 pour la SARL, article L225-248 pour la SA et la SAS). Les obligations qui naissent de cette situation sont présentées dans notre article sur les capitaux propres inférieurs à la moitié du capital.
Une simple augmentation de capital ne suffit pas toujours. Un investisseur qui apporte des fonds à une société dont les capitaux propres sont négatifs verrait une partie de son apport absorbée par les pertes passées, alors que les associés historiques conserveraient leur participation. La réduction préalable du capital apure les pertes et remet les compteurs à zéro : les nouveaux apports financent l’avenir de la société, et la répartition du capital après l’opération reflète les apports réels de chacun.
Un exemple chiffré
Une SAS a un capital de 100 000 €. Ses pertes cumulées atteignent 160 000 € : ses capitaux propres sont négatifs de 60 000 €.
- L’assemblée réduit le capital de 100 000 € à zéro en imputant ce montant sur les pertes. Les pertes restant à apurer tombent à 60 000 €, et les actions existantes sont annulées.
- Dans la même assemblée, elle décide une augmentation de capital de 200 000 €. Après l’opération, le capital est de 200 000 € et les capitaux propres de 140 000 €.
Si les associés historiques souscrivent l’intégralité de l’augmentation, chacun retrouve une participation proportionnelle à son nouvel apport. Si un investisseur souscrit seul, il devient l’unique actionnaire, ou l’actionnaire très majoritaire si une partie de l’augmentation reste ouverte aux anciens associés.
Quelles sont les conditions d’un coup d’accordéon ?
La réduction du capital est une modification des statuts. Elle relève de l’assemblée générale extraordinaire dans la SA (article L225-204 du Code de commerce), de la majorité requise pour modifier les statuts dans la SARL (article L223-34) et des règles fixées par les statuts dans la SAS. L’augmentation de capital qui suit obéit aux mêmes exigences.
Une société ne peut pas exister sans capital. Dans la SA, la réduction en dessous du minimum légal n’est possible que sous la condition suspensive d’une augmentation de capital qui le reconstitue (article L224-2 du Code de commerce). Dans la SARL et la SAS, qui n’ont pas de capital minimum significatif, la même logique conduit à décider les deux opérations ensemble, la réduction étant subordonnée à la réalisation de l’augmentation.
Lorsque la réduction est motivée par des pertes, comme dans un coup d’accordéon, elle n’entraîne aucun remboursement aux associés : elle se borne à constater comptablement la disparition d’une partie de l’actif. Les créanciers n’ont donc pas à être protégés comme lors d’une réduction de capital qui conduit à restituer des fonds aux associés.
Quels droits pour l’associé minoritaire ?
Le coup d’accordéon n’a pas pour effet, à lui seul, d’exclure un associé. Dans la SA et la SAS, les actionnaires disposent d’un droit préférentiel de souscription aux actions nouvelles émises en numéraire, proportionnel à leur participation (article L225-132 du Code de commerce, applicable à la SAS par renvoi de l’article L227-1). L’associé qui souhaite rester au capital peut donc souscrire à l’augmentation à hauteur de ses droits.
La situation est différente lorsque l’augmentation est réservée à un investisseur, avec suppression du droit préférentiel de souscription. L’associé qui ne fait pas partie des bénéficiaires perd alors toute participation, sans indemnité, puisque ses actions n’avaient plus de valeur. Les associés minoritaires contestent régulièrement ce type d’opération en invoquant l’abus de majorité : une décision prise contrairement à l’intérêt social, dans l’unique dessein de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires. Le juge apprécie les circonstances : situation financière réelle de la société, absence d’autre solution de financement, conditions offertes aux minoritaires pour participer. Les juges écartent souvent l’abus lorsque l’opération était imposée par la situation financière. La Cour de cassation a toutefois approuvé la condamnation d’un associé majoritaire pour un coup d’accordéon qui avait réduit un minoritaire de près de 18 % à 0,01 % du capital, alors que l’opération, prévue par un accord de conciliation homologué, reposait sur une présentation erronée des comptes (Cass. com., 26 novembre 2025, n° 24-15.730). Le détail des conditions figure dans notre article sur l’abus de majorité.
Dans la SARL, la loi ne prévoit pas de droit préférentiel de souscription. La protection des minoritaires repose sur les statuts, sur la majorité requise pour modifier les statuts et, à défaut, sur l’action en abus de majorité. Les statuts ne peuvent pas abaisser la majorité légale : la Cour de cassation a annulé une augmentation de capital de SARL votée à la majorité de la moitié des parts prévue par une clause statutaire, alors que la loi exigeait les deux tiers (Cass. com., 5 novembre 2025, n° 23-10.763).
Les titulaires de valeurs mobilières donnant accès au capital, comme des BSPCE ou des bons de souscription, sont également concernés : une réduction du capital à zéro affecte leurs droits futurs, qui bénéficient de règles de protection particulières. Leur situation doit être examinée avant de fixer le calendrier de l’opération.
Comment sécuriser l’opération ?
Les contentieux portent moins sur la régularité formelle de l’opération que sur sa justification. Un coup d’accordéon se prépare en documentant la situation financière de la société, les solutions de financement étudiées et écartées, la valorisation retenue pour les actions nouvelles et les possibilités de participation offertes à tous les associés. Lorsque l’opération fait entrer un investisseur, elle s’accompagne en général d’un pacte d’associés et d’une modification des statuts.
Les formalités suivent celles de toute modification du capital : procès-verbal d’assemblée, rapports exigés selon la forme sociale, annonce légale, mise à jour des statuts et dépôt sur le guichet unique. Le coup d’accordéon fait partie des opérations sur le capital qui supposent un calendrier précis, notamment lorsque la société doit respecter le délai de reconstitution de ses capitaux propres.
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