Alexandre Penillet, avocat

Capital

Actionnariat salarié : comment faire entrer ses salariés et ses cadres au capital

Une société par actions dispose de plusieurs outils pour associer ses salariés ou ses cadres au capital : leur céder des actions, leur réserver une augmentation de capital, leur attribuer des actions gratuites, leur consentir des options de souscription, des BSPCE ou des bons de souscription d’actions. Le choix dépend de trois questions : le salarié doit-il payer pour entrer au capital, à quel moment devient-il actionnaire, et comment la société récupère-t-elle les titres s’il part. Dans une SARL, ces outils sont pour la plupart indisponibles, faute d’actions.

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Les outils disponibles

OutilCe que paie le salariéQuand il devient actionnaireSociétés concernées
Cession d’actions par un associéLe prix des actionsImmédiatementToutes, sous réserve des clauses d’agrément
Augmentation de capital réservéeLe prix de souscriptionImmédiatementToutes les sociétés
Actions gratuitesRienAu terme d’une période d’acquisition d’un an au moinsSA, SAS, SCA
Options de souscription ou d’achatLe prix fixé lors de l’attribution, à la levéeQuand il lève l’optionSA, SAS, SCA
BSPCELe prix fixé lors de l’attribution, à l’exerciceQuand il exerce les bonsSociétés par actions remplissant les conditions du Code général des impôts
BSALe cas échéant le prix du bon, puis le prix d’exerciceQuand il exerce les bonsSA, SAS, SCA

Céder ou émettre des actions

La voie la plus simple est la cession, par l’associé majoritaire, d’une partie de ses actions, ou une augmentation de capital réservée aux cadres, qui supprime le droit préférentiel de souscription des associés à leur profit (article L225-138 du Code de commerce ; augmentation de capital réservée). Le salarié devient actionnaire tout de suite, mais il doit financer le prix, ce qui limite en pratique ces opérations à des montants modestes ou à des cadres disposant d’un apport personnel. Les actions peuvent être des actions de préférence, par exemple sans droit de vote, pour éviter de modifier l’équilibre du pouvoir.

Les actions gratuites

Les actions gratuites ne coûtent rien au bénéficiaire. Elles ne lui appartiennent qu’au terme d’une période d’acquisition, suivie le cas échéant d’une période de conservation, pour une durée totale d’au moins deux ans. Le volume est plafonné, en principe à 15 % du capital, et l’employeur doit une contribution patronale de 30 % de leur valeur à l’acquisition, sauf exonération pour certaines PME. Le régime est détaillé dans notre article sur l’attribution gratuite d’actions.

Les options et les bons

Les options de souscription ou d’achat d’actions donnent le droit d’acheter des actions à un prix fixé le jour où elles sont consenties (article L225-177 du Code de commerce). Le salarié ne paie qu’au moment de la levée, s’il y a intérêt, c’est-à-dire si la valeur de l’action a augmenté. Les bons de souscription de parts de créateur d’entreprise, ou BSPCE, fonctionnent de la même manière ; ils sont réservés aux sociétés qui remplissent les conditions de l’article 163 bis G du Code général des impôts (ancienneté, détention du capital, cotation). Les BSA, enfin, peuvent être consentis à toute personne, salarié ou non, et le bon lui-même est souvent émis à titre onéreux, à un prix qui reflète sa valeur (BSA).

Ces instruments sont souvent préférés dans les jeunes sociétés en croissance : ils motivent sans diluer immédiatement les fondateurs, et le salarié ne prend aucun risque avant d’exercer. Le traitement fiscal du gain diffère fortement d’un outil à l’autre et doit être examiné avec un conseil fiscal avant de choisir.

La société de managers

Lorsque plusieurs cadres entrent ensemble au capital, ils peuvent investir à travers une société commune, souvent appelée ManCo, qui détient leur participation. La ManCo peut emprunter pour financer l’acquisition, regroupe les voix des cadres dans la société et permet de gérer leurs entrées et sorties sans modifier le capital de la société d’exploitation. Elle a un coût de fonctionnement et suppose ses propres statuts et son propre pacte.

Organiser la sortie des salariés associés

Un salarié devenu actionnaire le reste après son départ, sauf stipulation contraire. Les statuts de SAS ou un pacte d’associés doivent donc prévoir :

  • une promesse de vente consentie par le salarié, levée en cas de départ, avec un prix ou une méthode de calcul ;
  • une distinction entre bon et mauvais départ, le prix pouvant être réduit en cas de départ fautif (good leaver et bad leaver) ;
  • une clause d’inaliénabilité temporaire et un agrément des cessions à des tiers (clause d’inaliénabilité) ;
  • des clauses de sortie conjointe et forcée pour permettre la vente de 100 % du capital (tag-along et drag-along).

Le prix de la promesse doit être déterminable. La Cour de cassation a jugé qu’un prix lié au licenciement pour faute grave du bénéficiaire reste déterminable, parce que cet événement ne dépend pas de la seule volonté de la société mais de circonstances objectives que le juge peut contrôler (Cass. com., 10 juillet 2024, n° 22-15.651). À l’inverse, un déclenchement laissé à la seule appréciation de la société fait courir le risque d’un prix jugé indéterminable.

Quel outil choisir ?

  • Pour quelques cadres clés dans une PME rentable, l’attribution gratuite d’actions est souvent la solution la plus lisible, sous réserve de son coût social.
  • Pour une jeune société qui lève des fonds, les BSPCE ou les BSA permettent d’associer l’équipe à la hausse de valeur sans dilution immédiate.
  • Pour un cadre appelé à reprendre l’entreprise, la cession ou l’augmentation de capital, éventuellement par l’intermédiaire d’une holding, prépare la transmission (holding de reprise).

Une SARL qui veut utiliser les actions gratuites, les options ou les BSPCE doit au préalable se transformer en SAS (transformer une SARL en SAS). Dans tous les cas, l’opération suppose une décision des associés, le plus souvent un rapport du commissaire aux comptes, et la mise à jour du pacte d’associés pour y faire adhérer les nouveaux actionnaires.

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Questions fréquentes

Faut-il un commissaire aux comptes pour associer des salariés au capital ?+

Pour des actions gratuites ou des bons de souscription, oui : la décision des associés est prise sur le rapport spécial d’un commissaire aux comptes, désigné pour l’occasion si la société n’en a pas. Une simple cession d’actions par un associé n’en exige pas.

Un salarié actionnaire qui démissionne doit-il revendre ses actions ?+

Non, sauf si les statuts ou un pacte l’y obligent. D’où l’intérêt de prévoir une promesse de vente en cas de départ, avec un prix déterminable.

Peut-on associer des salariés au capital d’une SARL ?+

Oui, par cession de parts ou augmentation de capital, mais les actions gratuites, les options et les BSPCE sont réservés aux sociétés par actions.

Pour aller plus loin